Paroles de L'atelier - La Ville En Juin
James Delleck
Noyé dans la ville j’entrevois une teinte qui colore nos grottes bétonnées d’une étrange toison d’or
Alors j’aimerais voir les épis de blé repousser sur les Champs Elysées
Pour rire avec Belle des Champs (Fuzati : Avant de la violer)
Malgré une brise qui défie la moiteur j’ai des sueurs
Autant qu’un beauf du télé-achat sur le body trainer
En travelling perpétuel, mon oeil filme le panorama :
Une vieille dame parle à un banc qui ne lui répondra pas
J’aimerais être le néant, ne plus penser comme si
J’étais le cerveau de Sami Naceri croisé à celui de Mathilde Seigner
Les graffitis dansent sur les murs quand la nuit se dessine
Et une abeille butine un jus de leechee dans une canette tchin-tchin
D’un coup il me pousse des plumes à la place des doigts
Et d’un battement de cil je m’évapore loin de ça
Apaisé comme si j’étais entre deux seins bien roulés
Je me sens bien comme dans un cocon fait de PQ alvéolé
Tekilatex
J’ai décidé d’éteindre la télévision cet après-midi pour m’aventurer dans les rues moites puisque c’est l’été
Les gens prennent leur temps, mais leurs gestes sont figés
Les touristes se déplacent en colonies de termites
Les monolithes sortis du sol tentent d’atteindre un ciel peint
Et c’est lorsque je regarde en l’air que j’ai le vertige
Des autos grises circulent dans ce Monopoly
Assis sur un terre-plein je contemple ma rue je respire
Je transpire et retranscris les rêves dans les histoires que je me raconte
Pour que le temps passe plus vite et j’en profite pour gagner à chaque fois
Mon pain au chocolat a une drôle d’allure rabougrie
Il y a du gras sur mon cahier et toutes les feuilles sont collées
Et je suis infiniment petit, personne ne m’entend si je crie
Je saute de pavé en pavé en évitant les gouttes de pluie
Il pleut mais il fait chaud, sous ma capuche j’ai l’air d’un eskimo
Je n’ai pas pris l’habitude de revêtir mes vêtements estivaux
Nez à nez avec les jambes des gens je marche lentement
Pour arriver au parc je ne pensais pas que je mettrais tant de temps
J’enjambe la grille et je suis sur mon territoire
Ma ville à moi c’est mon square
C’est pas pour de vrai mais j’ai l’air d’y croire dur comme fer
Le sable est mouillé, les articulations de mes robots transformables son rouillées
C’est juste l’enfer mais c’est pas non plus la fin du monde
J’ai ma panoplie de super héros et mon parapluie est rangé dans mon cartable
Un tas de sable, une jeunesse perdue dans une chrysalide
A l’abris des responsabilités pour ma sécurité
A l’abris du monde extérieur, à l’abris des intempéries, à l’abris de la vie
J’ai tout pour être heureux mais pas stable.
Fuzati
Je ne suis qu'un jeune bipède
Enfermé dans un petit parallelepipède
D'où je m'extrais quelques fois afin d'évoluer à l'intérieur de vastes artères remplies de gaz incolores mais nocifs pour mes alvéoles pulmonaires
Sur ma rétine s'incruste des formes très diverses
Je me protège en cas d'averse (tentant?) de l'extension de mon épine dorsale, un revêtement composé de matière plastique
Absorbé par les gouttes de ma bande magnétique
J'avance...je marche, tout seul, dans la ville
Les rayons du soleil, en me transperçant, projètent sur le bitume l'empreinte de mon âme
Qu’une nuée de semelles viennent piétiner
C'est pour cela que je n'avance qu'à la lumière artificielle
Même si je sais qu'elle n'attire vers elle
Que des créatures aux blessures mortelles
Pour les femelles de mon éspèce, je n'existe pas
Moyennant l'échange de quelques billets, certaines acceptent de toucher ma sensibilité
Mais sans succès...
Une lame rétractable me tient à l'abris des autres bipèdes
Comme les chats qui se tiennent sur leurs pattes arrières
Je sais qu'ils voudraient altérer ma vision d'un coup de griffe afin que je cesse de raconter aux gens ce que je vois la nuit
Une à une, j'ai gravis les marches de cet immeuble afin de contempler le complexe architectural dans sa globalité
Je n'étais qu'un jeune bipède, égaré parmis des milliers d'autres jeunes bipèdes
Je regarde le soleil, j'ai ma vie dans ma main, mes pieds quittent le sol...
Je m'envole...
Cyanure
Je lève la tête, admire l’envol d’un oiseau si haut se rapprochant comme une goutte d’eau
Puis mon attention le laisse libre de mon regard comme uppercut(?)
Sans presque n’y prêter gare, à l’entrée du square
Ce jeune enfant que les adultes effarent
Les notes, comme les clefs à mes menottes, sur une portée libèrent mes mots
Transcrivent de ma mémoire à ma feuille des émotions
Le son de mon walkman m’isole des autres
C’est lui qui d’une plage à l’autre rend palpables mes expressions
Je reste pourtant invisible dans une foule menaçante
Parlant à son portable donc doublement absente
Les basses et les aiguës de mes écouteurs
Affrontent la ville et ses couleurs grises
Car la population ne regarde que ses trottoirs, chacun gérant sa crise
La licorne(?) ma présence que seulement après avoir traversé une flaque(???)
Quand l’espace d’un trottoir mes pas me trahissent aux yeux des autres
Laissant leurs humides marques ...(?) un autre moi
Un homme regardant une vieille dame qui parle à un banc qui ne lui répondra pas
Ville, ville dans laquelle le monde tourne s’il
S’il te plait observe aussi ceux qui marchent assis
File, entre les ombres du tumulte qui défilent sur tous sites
Silhouettes m’effaçant parmi les dangers des automobiles et des landaus tranquilles
Invisible, je reste ...(?) la beauté des monuments sans plus n’y prêter attention
Cette latitude, c’est celle de la ville qui m’a conformé à ses habitudes
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